Le vent

24.05.2014

Il y avait ces grandes herbes qui pliaient dans la fraîcheur au matin. Les fenêtres qu’on laissait ouvertes. Les chemins aux horizons nets et lointains. Les ciels infinis et l’incessant mouvement des nuages.

Une nuit sans clefs, aussi, à rouler dans Paris comme un con.

Puis le train pour cette ville posée contre la montagne. Une petite bande anglophone, pour quelques jours seulement. Les cris dans la rue toute la nuit.

Il y a les ouvriers en face qui travaillent douze heures par jour. Il y a la pluie.
Et encore assez d’arbres ici pour que les oiseaux s’installent au printemps et nous ramènent à la vie.

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Rite

13.04.2014

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L’appréhension avait mué au fil des semaines en inquiétude sourde, presque abstraite. Moi qui ne suis jamais seul, qui ne l’ai jamais été. Cinq semaines. Et puis le train, le RER, l’aéroport. Le mouvement, enfin, avait tout effacé.
Lower East Side. Un peu moins nettoyé que je ne le craignais. Plus une trace du danger de la vie d’avant, mais un peu du fantôme des âmes défoncées et heureuses qui ont traversé ces rues. Quelques lambeaux qui m’ont fait frémir, embellis par les flocons tombés ce matin même où j’avais tenu à dépenser mes dollars chez Kim’s. La 125ème, pour quelques minutes. La descente le long de Central Park, la neige qui résiste à la pénombre. Brooklyn Heights avant de partir.
Puis Montréal. Les tempêtes, le froid qui frappe le visage comme pour le rendre plus vivant. L’alternance des rues résidentielles et des commerces branchés du Mile End. Les disquaires. Les amis qui ponctuent les journées de travail en apnée. Sylvain Sylvain dans un rade, en Jonathan Richman tout tordu. Une part de la nuit qui hantait mon adolescence sur le bras droit.
Cinq semaines évaporées. Et pour la première fois depuis des années, quelques chansons gardent en elles l’empreinte de ces pas.

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Retombée

08.02.2014

Lorsqu’elles ne sont pas enregistrées pour trouver l’amour, les cassettes et leurs pochettes découpées à la main sont glissées dans la poche des amis comme on prescrit un médicament rare, comme on offre une drogue douce. On peut se retrouver dans un café populaire, parler un peu. Tu peux essayer de me raconter, je peux essayer de comprendre. Écrire peut-être. Mais ça ne remplacera pas les émanations qui s’échappent de chaque interstice, la réaction chimique du passage d’une chanson à l’autre. Ces déplacements d’air sont plus forts que tout. Ils réparent les os, ils referment les plaies, ils calment les peurs.
Toujours, la musique apaise les douleurs invisibles.

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REWIND 2013

05.01.2014

Cette portion de la route, rectiligne, n’est pas longue. Depuis vingt ans que j’y passe, je la connais bien. Pourtant, ce soir-là, réduite par les phares à quelques bandes brillantes, les arbres jaunes de chaque côté, elle m’a paru s’étirer. Le piano de Cat Power sur In this Hole marquait le rythme de notre silence. Étourdi par deux nuits insomniaques, j’ai senti l’air s’épaissir et freiner la course de la voiture. Commencer l’année par ce moment que nous semblions voler à la terre tout entière m’a rassuré.

En 2013, nous avons marqué nos vingt ans de vie commune. Nous avons marché dans les rues de New-York. Notre fille a écrit de belles choses sur la musique. Notre fils a dansé magnifiquement.

En 2013, Bonnie ‘Prince’ Billy a sorti un disque sublime. Jason Molina est mort. Alan Sparkhawk s’est posé un instant contre moi. Quelques minutes plus tard, alors qu’il chantait Powderfinger, je pleurais avec lui. Le cancer a emporté M.

En 2013, j’ai eu quarante ans. J’ai vu pour la première fois Neil Young sur scène. J’ai acheté un ampli et reçu pour Noël des pédales d’effet. J’ai lu Just Kids et la superbe conversation entre Alan Licht et Will Oldham. J’ai fait un trajet en train jusqu’à Toulouse sans éouter la moindre note de musique.

En 2013, mon père s’est tué.

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Extra

12.12.2013

La mue a continué et tout, aujourd’hui, semble être passé de l’autre côté, à l’extérieur. Le corps comme une chambre vide, fraîchement lessivée, au dernier étage d’un vieil immeuble. Les murs sont blancs, les marques des clous qui tenaient les cadres, celles des punaises pour les photographies, font de toutes petites cicatrices, seules traces de la vie qui s’y était installée. La pièce est étroite mais les deux fenêtres en face de la porte font oublier l’espace. Elles ouvrent sur le ciel ardoise de l’hiver qui se confond avec les bâtiments les plus hauts et les toits parisiens. On pourrait passer des heures à contempler cette toile abstraite sans se préoccuper du soir qui tombe.

À la surface, quelques frictions, malgré tout. Réactions disproportionnées, grincements mal contrôlés, comme des tics. Un monde agité qui ne franchit pas l’épiderme. Une impatience irraisonnée.

Et puis, à l’intérieur, ce cœur imbécile qui se dérègle, bat sur ses propres fréquences et résonne comme au fond d’une église.

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Magnétique

05.10.2013

La barrière est déjà loin. On a sauté sans prendre le temps d’anticiper la chute, sans vraiment préparer ni les chevilles ni les genoux. On a couru dans le champ, la terre d’abord humide a fini par soulever son lot de poussière aveuglante. Le soleil des fins de journée a fait durcir la peau, plié quelques rides. On a marché plus lentement on s’est allongé une ou deux fois. Les herbes jaunies ont caressé les jambes des enfants essoufflés et heureux. Le ciel grand ouvert avalait les nuages au rythme des rencontres. L’été a filé, traversé sans blessures.

Quarante ans sont passés, vingt ans accompagné.

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Motel #2

13.07.2013

La suite d’une belle soirée au Motel ou nous avons passé des disques avec Dali, Nicolas et François. Un mix de rab, qui a un peu servi au démarrage, jusqu’à ce qu’on arrive à brancher correctement cette satanée seconde platine.

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L’amour à Detroit

06.07.2013

motown + love = the most beautiful summer you could have hoped for.

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Poussière

09.06.2013

Les mois passent comme si de rien n’était, sans faire vraiment de bruit. New York au milieu, parenthèse de mai qui sauve la vie.
Les compressions décompressions successives de ma poitrine comme de mes tempes donnent une idée de ce que doit être la plongée sous-marine. Une histoire de paliers, de temps qu’il faut prendre. Sauf que d’un jour à l’autre, incapable d’identifier la direction du courant, impossible de savoir si c’est bien vers la surface que tout cela mène. La surface de quoi, d’ailleurs ? Sans doute pas la bonne métaphore, donc.
Le plus dur évidement est d’être présent. D’être là, à chaque fois, alors que tout ce qui emplit c’est l’absence. Et que tout acte semble se répandre à la manière des particules de poussière que je passais des heures à observer dans ma chambre d’enfant les jours de soleil. Fasciné par leur danse que seule la lumière de la rue rendait visible.

Et tandis que l’été finit par s’installer, de beaux disques arrivent, qui sentent l’herbe fraîche, les après-midi insouciants et l’amour.

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Certitude

09.04.2013

Quelque part. Parfois très loin parfois tout près. Quelque part il y avait cette certitude. Un point à la croisée de lignes dont nous ne prenions connaissance que par à coups et qui retombaient dans l’oubli pour peu qu’une année passe. Jusqu’aux dernières semaines et la lumière plus forte que jamais, mille signes aveuglants jour après jour et ceux que nous n’avons pas su rencontrer.
Il a fallu encore plusieurs jours pour que nos propres lignes viennent se superposer à celles qui avaient mené à ta mort, et marquent le basculement du monde.