Pluie d’été

27.07.2014

— I think it’s gonna rain.
— Are you sure? The sky is so blue.
— Look into my eyes.
— Oh.

Few songs about the rain for the Summer Mix Series.

Summer Rain by Jay Strsky on Mixcloud

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2014 Extended Summer Mix

19.07.2014

Droit devant, l’horizon. Des mots épars, déjà lointains, font encore résonner ma poitrine comme un baume, un alcool doux. Un long baiser. Solides et légers, nous avançons en silence. Mes bras assez larges désormais pour nous protéger.

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REWIND 2013

05.01.2014

Cette portion de la route, rectiligne, n’est pas longue. Depuis vingt ans que j’y passe, je la connais bien. Pourtant, ce soir-là, réduite par les phares à quelques bandes brillantes, les arbres jaunes de chaque côté, elle m’a paru s’étirer. Le piano de Cat Power sur In this Hole marquait le rythme de notre silence. Étourdi par deux nuits insomniaques, j’ai senti l’air s’épaissir et freiner la course de la voiture. Commencer l’année par ce moment que nous semblions voler à la terre tout entière m’a rassuré.

En 2013, nous avons marqué nos vingt ans de vie commune. Nous avons marché dans les rues de New-York. Notre fille a écrit de belles choses sur la musique. Notre fils a dansé magnifiquement.

En 2013, Bonnie ‘Prince’ Billy a sorti un disque sublime. Jason Molina est mort. Alan Sparkhawk s’est posé un instant contre moi. Quelques minutes plus tard, alors qu’il chantait Powderfinger, je pleurais avec lui. Le cancer a emporté M.

En 2013, j’ai eu quarante ans. J’ai vu pour la première fois Neil Young sur scène. J’ai acheté un ampli et reçu pour Noël des pédales d’effet. J’ai lu Just Kids et la superbe conversation entre Alan Licht et Will Oldham. J’ai fait un trajet en train jusqu’à Toulouse sans éouter la moindre note de musique.

En 2013, mon père s’est tué.

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Motel #2

13.07.2013

La suite d’une belle soirée au Motel ou nous avons passé des disques avec Dali, Nicolas et François. Un mix de rab, qui a un peu servi au démarrage, jusqu’à ce qu’on arrive à brancher correctement cette satanée seconde platine.

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L’amour à Detroit

06.07.2013

motown + love = the most beautiful summer you could have hoped for.

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Rewind 2012

03.01.2013

En 2012 j’ai
respiré
pas trop réfléchi – moins, plus que l’an dernier ? – en fait je n’en sais rien
vieilli
attendu attendu jusqu’au vertige
changé enfin d’appartement
vu en l’espace de quelques jours Codeine, Unsane et David Pajo sur scène
frissonné lorsque Stephen a levé les yeux et chanté doucement les mains jointes les premiers mots de Pea
fumé de l’herbe pour la première fois en vingt ans
vu jouer le Jon Spencer Blues Explosion dans un appartement
écrit écrit écrit
déjeuné avec Howard Becker
perdu mes dents de sagesse
retrouvé de vieux amis
changé

En 2012 je suis
resté calme un peu plus souvent un peu plus longtemps
tombé encore et encore en admiration devant mes enfants
parti à Trento et à Copenhague
devenu chef
entré dans une nouvelle équipe
resté peu à peu le même

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2012 Extended Summer Mix (bis)

15.08.2012




L’été qui passe et ses plaisirs. L’agitation à la surface. Quelques jours seulement seront reposants, il suffira de laisser filer les autres du coin de l’œil.
L’été qui passe et ses temps morts. Déplacer les corps et les objets autour. Emplir les heures de l’air qu’ils remueront.
L’été qui passe et ses défaites. Il suffira de les oublier.



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The dark side of the sea

26.06.2012

Did you ever stare at the ocean in the middle of the night?

An extended summer mix, made especially for that great summer vibes provider

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Rewind 2011

08.01.2012

L’année a explosé. Comme une étoile qui brûlerait un peu trop, elle s’est pulvérisée en mille fragments qui ont dessiné des lignes incandescentes dans mes souvenirs. Elle ne s’est donc pas dissoute contrairement aux années précédentes. On va dire que c’est une bonne chose. Je n’en sors ni sidéré ni haletant, mais plutôt apaisé.
J’ai rencontré plus de monde que durant les cinq dernières années. Des gens qui m’ont plu, qui m’ont presque fait renoncer à la misanthropie.
Je suis allé à un anniversaire. Nous avons fait des brunchs. Pas un seul week-end n’a été ennuyeux. Nous avons vendu notre appartement et trouvé un autre, beaucoup plus grand, que nous occuperons bientôt.
Je suis allé à Porto, Padoue, Boston, Corfu, Varsovie. Je me suis laissé pousser les cheveux. J’ai retrouvé des amis que je n’avais pas vus depuis presque vingt ans.
J’ai lu des blogs magnifiques. Découvert les archives d’autres plus beaux encore (poke Antoine B.).
J’ai acheté une belle platine, un ampli de seconde main (et quelle main !), et beaucoup de disques.
Je me suis abonné à Spotify et mon lien à la musique s’est déplacé d’un coup. Ma capacité à découvrir de belles choses, qui s’était comme tarie au fil des ans, a décuplé. Le nombre d’heures d’écoute, et l’attachement aux grands disques noirs, comme disent les enfants. La possibilité de revenir en arrière, aussi, sans précipitation pour s’attarder sur une œuvre, un label, une époque.
Le disque de Michel Cloup m’a remué, par son thème et ses paroles, mais aussi simplement par le retour innatendu de ce que j’admirais tant dans sa musique.
J’ai acheté des albums sur Bandcamp et j’y ai ouvert un espace.
J’ai enregistré quelques titres que j’aime réécouter.
J’ai scindé mon compte Facebook, pour créer un lieu plus restreint où s’amuser un peu, et laissé l’autre vivoter tranquilement. J’ai toujours deux comptes Twitter.
J’ai revu Jad Fair et Michel sur scène. Les deux m’ont ému et m’ont fait comprendre que la musique n’avait pas grand chose à voir avec la nostalgie : qu’elle était à chaque fois actuelle. Hantée peut-être, mais bel et bien présente, se jouant toujours another next first time, comme dirait l’autre.
Je n’ai pas revu Diabologum en concert.
J’ai aperçu un ami souffrir de loin, et revenir en piteux état.
Ma fille a commandé ses premiers disques pour Noël, qu’elle a écoutés en partie le soir-même sur mon vieux Discman, si attentive que j’en ai frissonné. Mon fils a dansé, souvent, avec grâce et invention.
Au fil des jours, je me suis dit qu’il fallait absolument que je sois à nouveau attentif à la poésie, que je retrouve un regard et une respiration suffisamment posés pour apprécier les formes, les odeurs et les couleurs du jour et de la nuit. Je n’y suis pas parvenu, mais quelque chose a changé. J’y suis presque.

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Ma vie avec Will

02.11.2011

Il y a quelques jours, la Blogothèque a sorti un de ses Mercredix dont elle a le secret. La bande y a sélectionné, en deux temps, les disques de Will Oldham que l’on pouvait considérer comme des classiques, puis quelques hors-pistes. Comme toujours, l’intérêt de la playlist résidait à la fois dans la succession de morceaux choisis, dans les textes qui expliquaient leur présence, et dans la terrible frustration de ne pas y voir ceux que l’on attendait.
De cette frustration, et d’un texte qui trainait dans mon disque dur depuis plus d’un an à propos d’Arise Therefore, est née l’envie de raconter comment les chansons de Will Oldham, ses albums, m’ont accompagné depuis l’âge de 20 ans. Un hommage à Kill Me Sarah aussi, qui parle si bien, et depuis tant d’années, de ce que la musique a fait à sa vie.



Tout a commencé, comme souvent au début des années 1990, par une interview de Thurston Moore, dans les Inrockuptibles sans doute, qui prétendait écouter There will noone what will take care of you toute la journée. Puis L. et D., croisées à l’entrée de la fac, qui m’ont dit tu dois écouter, c’est fait pour toi. La surprise une fois le disque démarré sur la mini chaîne était immense. Ce son, cette voix, hors du monde. Comme si les chansons m’accompagnaient déjà depuis de nombreuses années. Comme si j’attendais, mais sans le savoir, que Slint se mettent à jouer, leur photographe au chant, dans une cabane au fond de la forêt avec des guitares acoustiques, un banjo et la batterie plus loin dans le salon.
Et puis cette histoire de frères qui jouent de la musique ensemble.



Il y a eu ensuite deux 45 tours importants, que je n’ai jamais possédés, mais qui s’écoutaient chez les amis. Le solo à la fin de Horses. Puis Little Blue Eyes acheté chez Phonodisc.



J’ai su vraiment à quel point cette musique était importante pour moi à l’écoute des premières notes de Days in the wake. J’avais attendu le soir. C. était à Paris, elle y voyait des gens que je ne connaissais pas. Elle m’avait laissé entendre quelques jours plus tôt qu’elle n’était pas certaine de vouloir rester avec moi. Dans le lit, le poste sur le sol, la pièce de plus en plus sombre. La guitare et la voix m’ont rassuré. You will miss me when I burn. Je ne sais pas combien de fois j’ai écouté le disque, à moitié endormi, sans jamais ressentir le besoin de bouger.



Il y a eu Palace Songs et cette reprise de Léonard Cohen qu’on dirait écrite pour lui. L’EP pour attendre un peu, avec sa pochette hideuse que j’adorais, qui commence par if I could fuck a mountain, I would fuck a mountain et se poursuit par l’incroyable Gulf Shores. Le son prend de l’ampleur. Will chante, c’est beau à pleurer. Il grandit avec nous.



Viva Last Blues continue dans la lignée. Moi qui ait tant vécu par la musique du passé, moi qui écoute trop Neil Young, je me dis qu’il y en a au moins un ici, maintenant, qui est de taille. C’est idiot, ça ne veut pas dire grand chose, mais c’est ma façon de comprendre à quel point il sort du lot. Ce raisonnement simpliste participe du lien de plus en plus solide que je tisse avec sa musique.



Et sort Arise Therefore. J’en tombe raide dingue. La boîte à rythme lo-fi, la basse lancinante, les guitares à peine grattées, le piano un peu plus loin dans la pièce. L’hypnose sans aucune esbroufe.
Mais ce n’est que plus tard que les chansons de ce disque passeront de l’autre côté de ma peau. Un peu après le 15 août 1999, N. a sonné à l’interphone. Il était tard on ne s’était pas vu depuis un bout de temps. Je l’ai accueilli le plus naturellement possible, mais j’étais gêné. Tu veux boire quelque chose ne fais pas trop de bruit C. est déjà couchée.
Tu sais qui j’ai vu la semaine dernière tu ne devineras jamais : F., il était de passage à Toulouse, il doit être rentré à Londres maintenant. C’est la première chose que j’ai trouvé à lui dire. F. et moi étions inséparables quelques années plus tôt, N. le connaissait bien. Son visage s’est crispé d’un seul coup, il a bougé sur la chaise, il a dit justement il faut que je te dise quelque chose, F. s’est suicidé il y a une semaine on l’a retrouvé pendu.
J’étais déjà debout, je me suis mis à marcher dans la pièce. Ne pas tenir en place, c’est à ça que ça ressemble, ça m’arrive parfois.
Je ne sais plus exactement ce que l’on s’est dit ensuite. Quelques précisions sans doute et des remerciements. Merci d’être venu jusqu’ici merci vraiment je suis content que ça soit toi qui me l’ait annoncé. Il est reparti assez vite. Ce moment a cimenté une amitié qui était déjà profondément enracinée.
Je me suis retrouvé seul, il a fallu que je réveille C. simplement pour lui dire je ne pouvais pas faire autrement elle s’est rendormie assez vite. Dans le salon, toujours debout, j’ai branché un casque sur la chaîne hifi et j’ai mis Arise Therefore dans le lecteur. Je n’ai aucune idée du nombre d’heures que cela a duré. Je n’ai pas dormi avant le matin.
Je savais très bien ce que je faisais. Je me tatouais avec la musique. Je faisais exister ce moment j’essayais de lui faire une place, de plier ensemble le nom de mon ami, la voix de Will Oldham, le son de la boîte à rythme de la guitare du piano, les murs de l’appartement. Un pli pour toujours.
Plus tard j’ai pris une guitare mon cahier joué tout doucement pour fabriquer une chanson. Pour essayer de raconter le travail que cela prend de faire exister la mort des autres.
Les secousses de larmes ne sont venues qu’au retour de l’enterrement. Et ça n’est que beaucoup plus tard que j’ai vraiment compris que vieillir c’est ça, évidemment. Emmener avec soi toujours plus de morts. Le pli est resté. J’y tiens je m’y tiens.





Entre la sortie d’Arise Therefore et la mort de F., il y a eu Joya qui revenait à des choses plus traditionnelles et que j’ai beaucoup aimé aussi. Et deux EP splendides (Wester Music et Blue Lotus Feet) achetés à Paris, écoutés au casque sur le Discman dans la chambre de bonne rue Parodi, des années avant que le quartier ne devienne ce qu’il est devenu. Des journées passées dans les archives de l’INA, sans adresser la parole à personne. 9 mètres carrés, deux grandes fenêtres, les toits de Paris. Et ces disques en boucle.



Puis deux musiques de film, deux disques sans prétention. Sauf que, mine de rien, Black/Rich Music n’est pas loin de Days in the wake.



Lorsque je retourne à Paris, j’achète des 45 tours aussi, chez Gibert. In my mind est un petit trésor, qui me coupe le souffle à chaque écoute. Patience est moins marquant sans doute, mais l’émotion reste intacte. En CD, le single I am a drinking again et cette phrase incroyable Life is a tribute to you and so is dying.



I see a darkness est très beau. Tout le monde le sait, tout le monde le dit. Je ne sais pas pourquoi, il ne fait pas partie de mes préférés. Peut-être parce que sur certains morceaux, il commence à en faire des caisses. Je ne suis pas ému de la même manière.
Il y a évidemment la chanson. Qui prendra un sens particulier, inévitablement, quelques mois après sa sortie. Quand je réécouterai attentivement les paroles et que je me torturerai en repensant à cette fois où, le croisant quelques jours avant sa mort, j’ai feint d’être occupé pour éviter d’aller boire un coup avec F. Un chef d’œuvre, sans l’ombre d’un doute.



Will a beaucoup d’amis, il fait de la musique tout le temps. Je ne le traque pas, ne collectionne rien, mais suis curieux souvent. Get on Joly, avec Mick Turner, m’a ravi. J’aime les disques qui peuvent accompagner le sommeil, comme une drogue légère, beaux comme le brouillard.



Et puis, coup sur coup, deux joyaux. Ease down the road et Master and everyone. La lumière, le grand air, l’amour. Un apaisement qui allait si bien avec nos joies, la naissance d’E. nos premières années d’adultes, notre vie parisienne qui démarrait.
Avec Days in the wake et Arise Therefore, je tiens deux autres des disques dont je ne pourrais jamais me passer. Il faudrait qu’ils apparaissent in extenso dans cette compilation.



Je n’ai pas tellement aimé Superwolf. Et quand The letting go est sorti, j’ai senti que je perdais Will de vue. Je n’y ai pas trouvé grand chose d’intéressant. Beaucoup de sérieux, comme une partie de la musique qui a commencé à se produire à cette époque. De l’Indie Music chiante pour dire les choses simplement. Je croyais que chacun des albums de Will Oldham était voué à me marquer à jamais, mais ça n’est plus le cas. Je n’écoute les nouveaux disques que d’une oreille, parfois attentive sur un titre, mais jamais arrêtée. Je n’entends plus de mélodie, je n’entends plus d’émotion. Ça n’est pas très grave. J’ai tous ces disques. Et puis, de temps à autre, de belles choses sont à prendre. La reprise de R. Kelly sur Ask Forgiveness par exemple, qui est tout sauf anecdotique. Sa présence dans le magnifique Silent City avec Brian Harnetty.
Et je ne désespère pas. F. ne reviendra jamais, mais peut-être qu’un jour Will ouvrira la porte de notre appartement et s’installera pour jouer sur une vieille guitare de belles chansons très simples. Des chansons pour fredonner en famille dans la voiture. Des chansons pour me réconforter encore des morts à venir.


Ma vie avec Will / My Life With Will by Jay Strsky on Mixcloud