Mars

05.04.2013

Une semaine sur la côte landaise avec les enfants. Le soleil et la température élevée en contraste presque surnaturel des jours glacés de Paris, parenthèse atmosphérique dans l’hiver qui n’en finissait plus. Sur place, nos trajets en voiture fenêtres ouvertes avaient pu respecter la tradition chère au garçon comme à la fille : nous avons écouté Dinosaur Jr à plein volume, secouant nos têtes, souriant et parlant fort d’un siège à l’autre. Le dernier album de Purling Hiss a été également fort apprécié, inauguré à ma grande fierté par la remarque d’une critique en herbe : « Oh ben dis-donc le premier morceau, il ressemble à Nirvana, hein. » Oui oui. Élu disque de l’année à l’unanimité. Dans la maison, c’est Jonathan Richman qui accompagnait les fins d’après-midi.

Des signes alarmants nous sont parvenus d’une ville qui semblait, de nos douces vacances, une autre planète. Alarmants oui mais comment savoir. Comment savoir vraiment. Faire la différence avec toutes les autres fois. Et si on avait su, alors quoi ? Évidemment il y avait eu un pressentiment, le constat ou l’impression plutôt d’une accélération fulgurante après plusieurs années de calme relatif. Mais des pressentiments il y en avait eu beaucoup d’autres, vains. Deux jours après mon retour à Paris, à l’issue d’une expédition suivie de loin sans pouvoir à mon immense regret apporter le soutien de ma présence fraternelle, ceux qui étaient partis au front ont fait ouvrir l’appartement et trouvé son corps.
On ne va pas s’étendre, il n’y a rien d’ailleurs aujourd’hui sur quoi se reposer. Accueillir simplement l’appel d’air de la disparition, son ambivalence aussi, et tâcher de le contenir un peu. Reconnaître que seule la musique, élément qu’il a aidé à inscrire dans les plis les plus anciens de ma personne, aide. Seule la musique sait faire venir jusqu’ici le sable, la lumière et l’odeur des pins. Seule la musique sait faire couler des larmes apaisées. Seule la musique sait garder ouvertes les vitres de la voiture aux vents de l’océan.

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Et après ?

03.02.2013

Il y avait quelque chose de rassurant à intégrer le trafic dense d’un soir de semaine. Les virages de la N118 refermaient doucement la parenthèse. Un peu avant huit heures ce matin nous étions présents pour la première étape de la journée. Il faisait froid, ça n’était pas plus mal. Les locaux mal finis, les fausses plantes les affiches laides sur les murs, on s’est embrassé maladroitement. Le petit est allé voir le corps avec C. C’était la première chose qu’il avait dite quelques jours plus tôt lorsque je lui avais annoncé sa mort. On pourra aller la voir ? Bien sûr qu’on ira j’avais dit bien sûr en le serrant dans mes bras. La grande est restée avec moi. On est passé d’un pied sur l’autre parmi les murmures qui racontaient la route, le sommeil, le réveil. Ensuite le funérarium et les discours, le petit gars agrippé à moi caché dans mon cou. Elle me manque entre deux sanglots forts. La fille très droite, le visage fermé, tendue par ce qui semblait bien être de la colère. Le froid encore, la neige au cimetière. Les cendres pour la première fois, les fleurs magnifiques.
La bretelle approchait. Les enfants étaient calmes comme toujours en voiture. Nous sommes entrés dans la zone artisanale, il a recommencé à neiger. Il a fallu dix jours pour que les secousses ne se fassent plus sentir que par ondes légères. Et beaucoup de musique.

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Beats

17.11.2012

Il n’y a plus ni poids ni frottement. Les plans eux-mêmes ont bougé, ce sur quoi on rapporte les choses. Un battement à peu près régulier résonne vaguement, son écho dans la colonne ou certains os du crâne peut-être. Mais c’est une machine, lointaine, solide. Une mécanique dont l’huile épaisse protège mes articulations et assure la permanence du mouvement. Ce ne sont pas les muscles qui apprendraient comme ça d’un coup à danser tout en souplesse, c’est l’espace autour qui se contracte différemment et fait du corps un vecteur.
À guetter les transformations depuis si longtemps, je n’en ai pas vues passer beaucoup. Celle-ci va savoir pourrait compter, sans forcément qu’il faille la nommer. Il se pourrait bien qu’elle soit bonne à prendre. À suivre si l’on en fait une piste. Reste cette histoire un peu ridicule de déglutition. La mue qu’on sent passer sans doute, rien de bien grave.


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Rollin’

22.09.2012




La mutation s’est poursuivie, le décollement semble avoir opéré. Cet état espéré depuis si longtemps est peut-être bien installé. Pour quelques années, pour quelques jours, qui sait ?



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L’espace

18.05.2012




Tout a changé. Tout. Mais c’est encore à l’extérieur et il faut s’y faire. Où le regard porte, jusqu’où vont les pas. Le son des voix. Les corps autonomes qui occupent un espace neuf et qu’on n’ose pas tout à fait déplier. L’air que l’on souffle et celui qui nous traverse. Lentement, les vibrations du plancher et celles de nos mouvements s’accordent.
Et dehors, les jardins, les arbres, les toits, le ciel, loin. Loin, enfin.



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Vagues

21.03.2012




Il n’avait pas grand chose de plus ce caillou. Lancé moins fort même que pas mal d’autres et bien plus petit. C’est la mare alors ou le moment de la journée peut-être ou l’âge on n’en sait rien ça jamais. Et on s’en fout, il faut s’en foutre. La vague est là, formée bien vite depuis les cercles concentriques que le jet anodin a plissés dans l’eau. Et malgré toutes ces semaines passées au bord de l’océan, les vagues tu ne sais pas trop bien faire. Il faut que ta peau sente l’air passer. Il faut un sol ferme pour que tu puisses tanguer. Celle-ci n’est pas grosse juste un peu forte et tu n’es pas de face. Laisse la passer gentiment.


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Doing Things

18.02.2012




Faire des choses. Trouver plaisir et repos dans la succession ininterrompue de tâches comme des vagues d’eau fraîche qui facilitent la circulation. Plus souple à chaque rebond. Un rythme qui annule la vitesse et produit les bonnes harmoniques pour la concentration. Des ondes que l’on entend pas vraiment, mais qui traversent le corps à la bonne fréquence.


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Sunny sunny cold cold (sun)day

29.01.2012




Quelques chansons qui réchauffent comme un feu dans un coin de la pièce comme le thé de la bouche au ventre, irradiantes. Mais déjà la lumière baisse. Le froid, l’hiver enfin. La solitude. Saura-t-on passer la nuit ?

Some songs, warming you up, like a fire somewhere in the room like the tea from mouth to belly, irradiating. But the light lowers already. The cold, winter at last. Loneliness. Will you make it through the night?


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Night Ride

04.12.2011




De la salle de sport jusqu’à la maison, il y a une longue descente que je parcours lentement, presque en roue libre. La ville s’y laisse traverser comme une forêt enneigée. Le corps endormi par la répétition des séries, je laisse filer quelques pensées à peine formées. Les maisons de chaque côté sont si grandes qu’elles semblent vides. Certains jours dans l’année, la lumière — ou plutôt la pénombre, est belle à pleurer. La densité de l’air conforte les muscles de mes bras et de ma poitrine. Je ne fais aucun effort pour respirer, aucun non plus pour solidifier quoi que ce soit de ma personne. Tout est fixé dans un impact mutuel : la percée de ma trajectoire, du rond-point jusqu’au carrefour où je dois tourner à droite ; le vent qui refroidit mes joues et cogne contre l’intérieur de mes épaules. Cette ivresse légère me rappelle le timbre des guitares électriques que l’on fait sonner à la tombée de la nuit. J’aime à croire qu’elle me donne une idée assez précise de ce qu’au repos veut dire.


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Smokes

27.08.2011

Some news

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